logo

Résonance du temps

Ce travail est à la marge de ma démarche artistique, mais je le trouve intéressant par la notion de "lien" qu'il contient. Ce projet provient du thème d'une exposition à Sherbrooke, fruit de la collaboration entre le Musée des Beaux Arts de Sherbrooke, Humano district et  Gallea, galerie /réseau de distribution d'oeuvres d'arts par l'intermédiaire du web. Le thème, "résonance du temps", a pour objectif d'éclairer l'harmonie entre l'histoire, sa préservation, le renouveau et l'innovation. Initialement fondé sur 4 photographies, j'ai décidé de pousser mon projet un peu plus loin. Ce travail est en cours.

Course à la modernité
Course à la modernité

La chaussure de sport ou sneaker a révolutionné les codes vestimentaires quotidiens du citadin. Cela a commencé dans les années 70-80 dans le monde du hip-hop. Puis la mode s'est généralisée dans les années 90. Les grandes marques, les grands couturiers (Chanel, Versace, Dior, Balenciaga,...) s'en sont emparés pour en faire des accessoires de mode particulièrement recherchés. La montée en gamme, et aussi en prix, en font des marqueurs de l'identité, de la personnalité, du statut social...et aussi de la fortune de la personne qui les porte. Le spectre des objets de collection et des "antiquités" s'étend de manière vertigineuse. Le sneaker fait l'objet d'expositions muséales, de conventions de collectionneurs. L'histoire s'accélère et l'échelle "historique" se raccourcit très nettement. Cette photographie est un référence à ce raccourci, tout en montrant la parfaite intégration de ce morceau d'histoire, un vieux sneaker, apparemment prosaïque, en principe non recyclable, véritable innovation devenue "pièce de musée", rendue à la nature dans un équilibre harmonieux. Malgré sa survie qui pourrait durer des siècles, il finira par s'effacer doucement dans cette étreinte de verdure. Au lieu de disparaitre brutalement parmi les ordures, il bénéficie d'une nouvelle vie. Au fait, "to sneak", n'est-ce pas "se faufiler" ?

Title of the image box

Depuis des siècles, les êtres humains ont domestiqué les chevaux. “La plus noble conquête de l’homme” a fortement contribué à l’expansion rapide du commerce et des civilisations. La place symbolique et historique du cheval persiste dans l’expression “chevaux”, exprimant la puissance des moteurs. Les marchands de chevaux se sont raréfiés, surtout en ville. Cette photographie montre une ancienne boutique d’un marchand de chevaux dont la façade en mosaïque rouge vif. Elle a été relativement bien préservée, et a été transformée en boutique de bas, ironique retour en arrière si on se place dans la perspective des moyens de déplacement.  Une “Vespa” est stationnée au coin de la devanture. Et voila qu’apparait ce cheval moderne, icône des années 50-60 à côté de la boutique historique…Voici qu’un objet culte de 10 à 15 “chevaux” qui peut paraitre ancien lorsqu’il est isolé, devient l’incarnation du cheval moderne dans un contexte totalement différent. Un même objet peut donc être à la fois “historique“ ou moderne selon le contexte, ou moderne et à la mode parce que “vintage”.

Résonance psychique
Résonance psychique

“Résonance”, c’est le premier mot qui vient à l’esprit face à cette photographie. Le chandail du visiteur n’est probablement pas inspiré des oeuvres de Miro, dont on reconnait ici deux toiles. Le graphisme du vêtement n’est fait que de bandes linéaires horizontales alors que Miro nous montre des formes circulaires diverses évoquant des yeux qui nous regardent ou des constellations dans le ciel. Ce qui fait entrer en résonance les oeuvres d’art, anciennes, datant probablement des années 1940, et le chandail, actuel, c’est simplement la palette des couleurs. C’est ce qui touche immédiatement notre subconscient. Cette harmonie entre des oeuvres anciennes présentées dans un musée et un chandail de tous les jours n’est pas sans évoquer l’industrie des produits dérivés, signatures contemporaines de la célébrité pour les artistes les plus populaires. L’oeuvre de Miro est reconnue pour son attrait pour le subconscient. Qu’en est-il de nous même qui regardons le visiteur face aux toiles?

Fusion
Fusion

La Roquette, ancien quartier gitan de la ville d’Arles dans le Sud de la France. On devine ici les restes architecturaux d’une ancienne église, l’Église Ste Croix. De toute évidence, son intégration à des bâtiments d’habitation ne date pas d’hier. Initialement Prieuré, l’église est déconsacrée à la fin du 18ème siècle. Elle devient cabaret, puis entrepôt d’épicerie, puis magasin de meubles, puis tombe en friche avant d’être rénovée en hôtel de charme par des passionnés d’art et de photographie. Rien de tout cela n’est visible de l’extérieur en dehors de la fusion déjà ancienne des façades.

escalier de la modernité
escalier de la modernité

Un vieil escalier décrépi aux murs tagués est sublimé par un éclairage néon violet et jaune, illustrant une intégration harmonieuse de l’ancien dans le moderne, où la patine du temps cohabite avec une ambiance lumineuse contemporaine.